Le bien-être animal au cœur de nos préoccupations.

L’importance du bien-être animal dans un élevage d’alpagas

Alpaga Marilynn tête (2) 2013 WEBEst-ce que le bien-être animal est aussi important dans un élevage d’alpaga, qui est un élevage pour la fibre, que dans un élevage pour la viande, le lait ou les œufs ?  Les traitements reçus par les alpagas n’auront aucun impact sur la santé humaine puisqu’ils ne sont généralement pas produits pour la nourriture, mais est-ce que le bien-être animal devrait être ignoré pour autant?  Nous avons choisi l’élevage d’alpaga justement parce que c’est un élevage très « humain ».  L’alpaga est au cœur de nos préoccupations 24h/24, 365 jours par année.  Honnêtement, des fois ils sont mieux traités que nous!

Cette chronique a donc pour but de vous donner une vision sur « l’arrière scène » de l’élevage d’alpagas.  Si vous voulez devenir éleveur, vous devez être au courant que vous aurez différentes procédures à effectuer (je n’expliquerai pas ici le « comment » mais plutôt le « pourquoi ».  Ne vous inquiétez pas, nous vous donnerons des cours complets sur le « comment » lorsque vous achèterez un alpaga).  Si vous êtes consommateur, vous aimerez savoir ce que nous devons faire à nos alpagas, pourquoi nous le faisons et à quel point chaque intervention est effectuée sans douleur.

La tonte

La tonte est très certainement l’intervention la plus importante et la plus stressante de l’année…  à la fois pour l’animal, et pour l’éleveur !!!  Les alpagas doivent être tondus une fois par année.  Les coups de chaleur sont la source principale d’infertilité chez les alpagas.  Un animal (mâle ou femelle) qui ne serait jamais tondu deviendrait donc rapidement infertile.  Au Pérou, les alpagas sont tondus à tous les 12 à 24 mois, ils n’y vivent pas en nature « sans intervention humaine » comme certains pourraient croire.

Tonte alpaga WEBNous tondons les alpagas au mois de mai afin d’éviter les grandes chaleurs et d’assurer une repousse suffisante pour l’hiver suivant.  Nous devons attacher les alpagas au sol (ou sur une table de tonte) durant l’opération car les alpagas ne sont pas habitués d’être manipulés par les humains et ont le réflexe naturel de s’enfuir.  N’importe quel réflexe de fuite de la part de l’animal pourrait entraîner de graves blessures, c’est pourquoi l’animal est étendu et étiré serré.  La tonte ne prend que 15 à 30 minutes selon l’expérience du tondeur, alors certains alpagas peuvent se sentir engourdis lorsqu’ils se relèvent, mais il n’y a aucune douleur ni pendant, ni après la tonte.  La tonte est une opération assez épeurante pour certains alpagas plus craintifs; on peut les entendre se plaindre, lâcher des cris d’alarme ou encore cracher, mais tous ces signes ne sont que liés au fait de ne pas pouvoir s’enfuir.  L’animal n’a aucune douleur durant la tonte.

La coupe de dents

Coupe de dentsLes dents inférieures d’un alpaga poussent toute la vie de l’alpaga.  Lorsqu’elles sont bien enlignées sur la gencive supérieure, elles se font « limer » de façon naturelle lorsque l’alpaga broute ou rumine.  Certains alpagas ont les dents mal enlignées qui poussent devant la gencive supérieure.  Ces dents doivent être coupées lorsqu’elles dépassent la gencive.  Si les dents sont trop longues, l’animal n’arrivera plus à brouter et éventuellement à manger sa moulée ou son foin.  C’est donc pour la santé de nos animaux que nous devons limer leurs dents parfois.  Un outil spécialisé est utilisé et en moins de 5 secondes, les dents sont coupées à la bonne longueur.  Encore une fois, c’est une opération sans douleur, mais tout comme nous n’aimons pas aller chez le dentiste, les alpagas n’aiment pas cette intervention.  Les dents des alpagas ne sont pas nervurées de la même façon que les dents humaines, alors la coupe est faite sans douleur et ne nécessite aucune anesthésie.

La coupe de dents de combat

Les mâles ont des dents très pointues appelées « dents de combat ».  Dans la nature, ils utilisent ces dents pour blesser et même castrer leur opposant.  Ces dents doivent donc aussi être coupées afin d’éviter des blessures.  Tout comme les autres dents, les dents de combat ne sont pas nervurées et sont coupées sans douleur, sans anesthésie et en quelques secondes.  Le stress que subit l’animal n’est que minime comparativement à la douleur d’une blessure et au stress de la manipulation répétitive pour traiter une telle blessure.

Les dents de combat ne doivent être coupées qu’à partir de 3-4 ans et qu’une fois par 2-3 ans.  Nous profitons de la tonte pour couper les dents et les dents de combat, alors que l’animal est déjà attaché.

La coupe d’onglons

onglons alpaga WEBLes onglons (ongles des pattes) des alpagas poussent sans arrêt, exactement comme les ongles humains.  Ils sont aussi d’une consistance semblable : durs mais minces.  Ils sont facilement taillés avec un simple ciseau semblable à un petit sécateur.  Ils ne sont pas veinés comme les griffes de chien, ils ne saignent donc pas lorsque coupés.  Lorsque l’étable des alpagas est sur un plancher de ciment, les onglons se liment naturellement et peuvent ne nécessiter qu’une seule coupe par an (ou encore aucune).  Cette coupe est faite au moment de la tonte.  Pour certains alpagas ou lorsque l’étable n’est pas sur le ciment, on peut devoir couper les onglons jusqu’à 4 fois par année.  En dehors de la tonte, il peut être plus difficile de couper les onglons de nos alpagas.  Certains éleveurs le font en se mettant à plusieurs pour maîtriser l’animal, mais lorsque nous avons la bonne façon de faire et la bonne approche avec nos animaux, il est possible de couper les onglons seuls, ce qui n’est pas stressant pour l’animal.

Les injections

Afin d’assurer la santé de nos animaux, il est nécessaire de leur faire quelques injections par année pour les vermifuges et vaccins.  Nous ne leur administrons aucun médicament, hormone ou antibiotique non-nécessaire ou sous forme « préventive », mis à part les vermifuges.  Encore une fois, une injection peut devenir un événement très stressant pour un alpaga lorsqu’on n’a pas la bonne technique ou les bonnes installations.  Nous injectons nos alpagas lors de la pesée, dans la chute.  Comme ils sont habitués de passer dans la chute pour la pesée, ils ne réagissent qu’à peine lorsque nous leur faisons l’injection !  Avec la bonne méthode, les injections deviennent un événement banal.

La gestion de l’espace

L’espace pour la santé des animaux

mangeoire de foin alpagas webLes alpagas sont des animaux grégaires, ce qui signifie qu’ils se sentent mieux en groupe.  Les livres mentionnent régulièrement la règle du 6 à 10 alpagas à l’acre.  Or, cette mesure en est une de gestion du pâturage, et non de gestion de l’espace de vie des animaux.   Les alpagas vivent toujours en petit groupe collé serré.  Chez l’alpaga, la règle habituelle est inversée : la proximité des autres n’exerce pas un stress sur l’animal, mais plutôt réduit le stress de l’animal.  La source de stress qui peut surgir dans un groupe d’alpaga est liée à l’accès à la nourriture.  Si 30 alpagas ont 10 acres de pâturage, mais que la moulée leur est donnée dans une chaudière a laquelle seulement 2 alpagas peuvent se nourrir à la fois, il y aura un très grand stress sur le troupeau.  Il en sera de même si le troupeau n’a accès qu’à une petite mangeoire de foin…  Le stress « d’espace » est donc remplacé par un stress « d’accès à la nourriture ».  Cette contrainte peut être présente dans n’importe quelle grosseur de troupeau et de pâturage lorsque les installations de l’élevage ne sont pas adéquates.

L’espace pour la santé du pâturage

Les livres qui mentionnent le 6 à 10 alpagas à l’acre de pâturage sont distribués partout en Amérique du Nord, alors cette règle est appliquée autant en Californie que dans les Prairies Canadiennes.  Or, au Québec, la majorité de nos terres fournissent un pâturage très riche et fourni.  Par expérience, nous croyons qu’il est possible, selon la densité du pâturage, de garder jusqu’à 15 alpagas à l’acre avant de tranquillement l’épuiser.  Mais l’alpaga ne nécessite pas l’accès au pâturage pour être en santé, il peut être alimenté uniquement de foin et de moulée.  Cette mesure est donc totalement en fonction du pâturage, et non en fonction du bien-être animal.

La castration

La castration n’est pas automatique dans l’élevage d’alpaga.  Les mâles qui seront castrés le sont généralement parce qu’ils ne présentent pas les qualités nécessaires pour être reproducteurs.  Lorsque castré, le mâle est plus calme et peut être intégré au troupeau de femelles ou de mâles.  De plus, ses dents de combat arrêtent de pousser, ce qui représente un avantage supplémentaire.  Il est aussi important pour les éleveurs d’empêcher les alpagas de moindre qualité de se reproduire afin de protéger la qualité et la réputation de la fibre qui est mise en marché.  La castration se fait sous anesthésie générale lors d’une opération à la ferme.  Rien à voir avec la technique de l’élastique ou la castration à froid comme utilisées dans d’autres élevages.

Nutrition vs qualité de fibre

charrette foin WEBÉtonnement, un alpaga trop nourrit fait une fibre moins fine.  Dans le même sens, un animal sous-nourrit fait une fibre plus fine et plus douce.  L’éleveur d’alpaga doit donc équilibrer l’alimentation de ses animaux afin qu’ils gardent un poids santé, que les femelles fassent de beaux crias en forme et qu’elles produisent beaucoup de lait pour leur cria, sans pour autant faire d’embonpoint.  Certains éleveurs vont avoir tendance à moins nourrir leurs animaux afin d’obtenir des analyses de fibre les avantageant.  De cette façon, ils espèrent obtenir un meilleur prix pour leurs animaux reproducteurs.  Nous avons choisi l’option de la santé de nos animaux, au risque de produire une fibre légèrement moins fine que d’autres.  C’est au niveau du choix génétique que nous obtenons la finesse, et non au niveau de l’alimentation.  Lorsqu’un animal requiert un surplus alimentaire, nous l’isolons lors des repas afin qu’il puisse prendre le temps de manger toute sa ration.  Nous réussissons donc à garder notre troupeau complet à un poids santé.

Évolution de l’animal

Dans beaucoup d’élevages, les animaux sont croisés afin d’augmenter leur production, leur grosseur, leur quantité de muscle ou autre.  Ces croisements peuvent entraîner des problèmes subséquents tels que des problèmes d’accouchement.  Dans l’alpaga, nous accouplons pour la finesse de la laine, ce qui n’affecte en rien la forme et la grosseur de l’animal.  L’alpaga d’aujourd’hui est donc très près de l’alpaga d’il y a plusieurs milliers d’années.  Les accouplements sont naturels et sans intervention humaine.  Les femelles accouchent seules et nous n’avons besoin d’intervenir que lors des rares cas de problèmes.

Troupeau de mâles

Dans plusieurs élevages, il est impossible de garder un troupeau de mâles.  Dans l’alpaga, il est impossible de garder un animal seul, c’est pourquoi nous avons des troupeaux de mâles et non des mâles reproducteurs seuls dans leurs pâturages.  Dans la nature, les mâles se tiennent en troupeau séparé des femelles, alors c’est ce que nous reproduisons dans l’élevage.  Oui, il y a de la chicane et de petites batailles, mais sans les dents de combat, les batailles sont anodines.  De plus, une fois la hiérarchie établie, les batailles diminuent grandement.  Mais comme on dit « boys will be boys » !

 

Nos alpagas sont non seulement notre source de fibre et de revenu, ils font partie de notre famille.  Chacun a son nom et a sa place dans notre cœur.  Leur bien-être est à la base de toutes nos décisions d’élevage et d’entreprise.

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